lundi 3 avril 2017

Le fils du pauvre - Mouloud Feraoun






"Les pères de famille qui passent leur temps à essayer de satisfaire les petits ventres peuvent-ils s’occuper également des petites cervelles?"


"Fouroulou ne savait pas très bien comment le travail acharné le tirerait de la misère, lui et les siens. Mais il faut lui rendre cette justice : il ne doutait pas des vertus de l'effort. L'effort méritait salaire et ce salaire, il le recevait. Lorsqu'il fut admis au brevet, ses parents et même les gens du village comprirent enfin qu'il n'avait pas tout à fait perdu son temps. "








Dans ce roman, Mouloud Feraoun raconte sa propre enfance, au sein de son village et de sa famille en Kabylie, ainsi que son itinéraire atypique d’enfant destiné à
devenir berger et qui, au lieu de cela a eu l’immense opportunité de pouvoir fréquenter l’école.
Fouroulou, le héros, nous donne à voir son village et sa structure géographique et sociale ainsi que les us et coutumes de la société kabyle, le travail des hommes et des femmes, le statut des femmes, la place privilégiée des enfants mâles, la gestion des conflits familiaux, les superstitions … Par ailleurs, il nous raconte sa formation scolaire jusqu’à l’âge de 19 ans veille de son entrée à l'école d'instituteur de Bouzarea.









J'ai relu avec plaisir ce roman dans le cadre du challenge organisé par certaines pages littéraires algériennes.




Il m'est toujours difficile de chroniquer des livres que je chéris beaucoup. J'ai découvert Fouroulou avant Feraoun. Eh oui le personnage avant l'écrivain. J'avais lu des passages, écouté des conversations. Le Fouroulou avec sa djellaba, je l'imaginais tout petit avec un regard malicieux. Fouroulou, surnom tendre. Fouroulou, mon mythe à moi.



Quel plaisir de relire la Kabylie à travers Feraoun !

Le fils du pauvre ! Fils d’un pauvre.  

Un livre qui s’étale sur deux périodes : la première, ma préférée ! Je me suis incrustée dans la famille de Fouroulou et j’ai découvert son mode de vie: Modeste,  mais atypique. J’ai été scandalisée (ma première lecture) en découvrant le favoritisme (je n’exagère pas) chez les kabyles : C’est toujours cool de naître garçon chez eux ;) mais j’ai compris  une chose par la suite : Quand nous avons des terres(ou juste quand nous sommes paysans) et une vie difficile,  on doit miser sur le mâle pour nous prêter mains fortes aux temps des labours et pour la gestion du patrimoine familial même s’il est relativement insignifiant.

Passons… au fond de ce roman : Feraoun a écrit avec le cœur cette autobiographie, on le sent à travers les passages descriptifs de sa Kabylie. Il nous transporte à travers des chemins sinueux pour atteindre les sommets  des montagnes et découvrir des hameaux livrés aux lois ancestrales et à une vie précaire.

Il nous présente sa famille et les habitants de son village. Des caractères différents mais bien soudés face au désastre causé par le colonialisme. Des personnalités différentes, mais!!! Rebelles & Soumis sont tenus de respecter les adultes et les sages du village. J’ai été impressionnée par tant d'égard à la Djemaa.  

Solidarité ! Générosité ! Respect ! J’ai ces mots au bout de la langue  à chaque fois que je me rappelle Fouroulou. Je les scande après chaque passage. Je les revendique quand je parle de Feraoun.

L’émotion est omniprésente tout au long de ma lecture. Feraoun fait des clins d’œil incessants aux : pouvoir matriarcal dans les maisons, la grand-mère gère tout d’une main de fer, l’émigration, l’introduction du christianisme, … et bien sûr ce qui lui tient à cœur : les études.

Je me rappelle que ma mère m’avait parlée  d’un dédain  senti à travers certains passages. Fouroulou aurait regardé de haut  ou bien décrit certaines choses en gardant ses distances ? Cela reste son impression, ne la jugeons pas. Personnellement, je n’ai jamais détecté ce comportement : pour moi il a juste décrit des situations vécues et quand on réécrit un passé douloureux, certains restent pudiques et ne dévoilent qu’à moitié leur ressenti.

Feraoun donne une leçon à travers le parcours de son Fouroulou : celle du courage. Il faut vraiment être « vaillant » « persévérant » « optimiste »  pour combattre les aléas d’une vie très dure,  loin du confort citadin et vouloir la changer, la réussir et bénéficier d’un statut prestigieux aux côtés des colons (colonisateurs).

Feraoun titille notre sensibilité. Il a écrit pour que personne n’oublie.

Un roman poignant. Une narration émouvante. Des descriptions vivantes et saisissantes.

A chaque fois que je prends ce livre, sans le lire, sans l’ouvrir, j’ai un pincement au cœur et je ressens une certaine fierté.

Fouroulou m’a offert un cadeau inestimable : connaître Feraoun, lire certains de ses livres que je trouve très touchants.

Feraoun, lui, m’a fait découvrir une magnifique région, des gens impressionnants que j’admire. Des mœurs et des coutumes que je note avec avidité pour pouvoir rendre hommage, UN JOUR, à mon petit Fouroulou portant sa djellaba berbère.

La Kabylie occupe vraiment un coin douillé dans mon cœur. La langue  berbère que j’apprends me fait pousser des ailes à chaque fois que je la parle maladroitement mais bon ils m’en voudront pas les kabyles, je suis une intruse ;)


Ce livre est un trésor. Court mais si profond.


La plume de Feraoun. Simple, directe, accessible… Je vous le répète quand on écrit avec les tripes, le message passe comme une lettre à la poste.                                              













 à : Tizi Hibel,Kabylie , le 08/03/1913 
Élève de l'école normale de la Bouzareah (Alger), Mouloud Feraoun enseigne durant plusieurs années comme instituteur, directeur d'école et de cours complémentaire, avant d'être nommé inspecteur des centres sociaux. Feraoun commence à écrire en 1934 son premier roman, Le fils du pauvre. L'ouvrage, salué par la critique obtient le Grand prix de la ville d'Alger.
L'écrivain est abattu le 15 mars 1962 à Alger avec cinq de ses collègues inspecteurs de l'Education Nationale, à quatre jours seulement du cessez-le-feu, par un commando de l'OAS (l'assassinat de Château Royal). 

Bibliographie ICI