mardi 13 juin 2017

Le maître de chasse - mohamed Dib









"Il arrive souvent que le centre meure, 
mais que tout renaisse autour."





L'Algérie, trois ans après l'accession du pays à l'Indépendance. Jean-Marie, jeune coopérant français, part vers les Hauts Plateaux, accompagnant la secte des " mendiants de Dieu " : il y mettra à profit ses talents de sourcier.

Mais les hommes du village accueillent les nouveaux venus avec une certaine réserve... 

Une deuxième expédition se prépare : en pure perte ? C'est pourtant le sort du nouvel État, le devenir d'un peuple ayant conquis sa liberté de haute lutte, qui se joue ici. 






Ce n'est pas mon premier Dib :) J'ai tout le temps cité "La trilogie Algérie" quand on me posait la question : "Quelle est ce livre qui a bouleversé ta vie?". Il avait eu un effet incroyable sur moi et a changé ma vision des choses notamment sur le vécu des algériens lors de la colonisation française. Une lecture profonde et très touchante de quand j'avais 14-15 ans.  Sa description des lieux et des personnages n'a pas d'égale. Il écrit en donnant vie aux mots ...  Mohamed Dib est pour moi plus qu'un auteur algérien,; après Mouloud Feraoun,  je vais oser l'appeler mon Pygmalion algérien (oui j'en ai pleins 💖 et de différentes nationalités et époques)





Le maître de chasse est le livre choisi pour un challenge organisé par quelques pages littéraires algériens dans le cadre de promouvoir notre littérature et faire connaître nos auteurs: Chaque mois, nous choisissons un livre d'un auteur algérien, nous nous retrouvons à la fin du mois pour en discuter.





Le résumé nous introduit directement dans le vif du sujet. Nous sommes bien installés dans le temps et l'espace : Algérie, 1965 soit trois ans après l'indépendance. J'ai donc en tête une modeste idée sur ce qui se passait à l'époque. 


Le livre se subdivise en trois parties incluant trois espaces différents avec une nuée de personnages. J'avais la tête brouillée, je me sentais perdue. Ce n'est que vers la fin qu'on me dit qu'il fallait lire un autre titre avant celui là pour me mettre dans le bain. D'après mon grand-père, il  y a un autre livre qui précède "Le maître de chasse" et il s'intitule "Dieu en barbarie".  Je n'avais pas le temps pour lire le premier et relire le deuxième donc je vais me contenter de donner un avis assez court et revenir dessus très prochainement.


J'avoue que chroniquer un livre de Dib est la chose la plus difficile à faire dans ce blog. C'est un maître de la technique narrative. Il joue habilement avec les figures de styles. Une lecture Dibienne me demande plus d'efforts, plus de pauses pour réfléchir et comprendre les métaphores. Bref... ce n'est pas pour rien que ses livres et ses thématiques sont étudiés partout dans le monde.

Le maître de chasse figure sur la liste des romans de l'après indépendance. Il n'est plus question de parler de la révolution et des problèmes d'un peuple colonisés mais de mettre en place une sorte de projection de l'avenir et des rêves à réaliser. Expliquer comme cela, j'essaie d'éclaircir un peu certains points (c'est mon point de vue et j'aimerai bien lire les vôtres pour en débattre) : Les fellahs dans ce roman sont les représentants de ce peuple tant privés de  liberté et de confort qui espéraient après l'indépendance , une vie meilleure, profitant des biens de leur Algérie indépendante.  Waed (je ne sais pas pour le prénom de Waed : si c'est un "e" ou "ع " comme dans "wa3d " promesse et dans ce cas, il sied très bien au personnage),le préfet et donc l'Etat ou le système mis en place après 1962 , a un autre avis sur la question. C'est là où j'admire encore plus Dib qui est passé de celui qui nous raconte l Algérie colonisé ( Trilogie Algérie)  à celui qui nous met en garde contre les tenants d'un éventuel changement : UN VISIONNAIRE (en se référant à la date de parution de ce roman). 
Chaque personnage représente une partie de l'Algérie. Ils se complètent avec leurs différences.


Toute l'histoire tourne autour d'une quête qui symbolise peut être la paix,?ou la liberté absolue?  Les "Mendiants de Dieu" quittent la ville pour rejoindre les steppes (chez les Ouled Salem)à la recherche de réponses.

Les protagonistes se réfugient dans les monologues, seul point qui m'a dérangée en tant que lectrice. Le jeu de l'écriture qui donne la parole dans certains passages,  aux personnages  est un peu perturbant. "X a dit" "Y a dit " c'est comme si j'étais en train de lire "le je de rôle" d'une pièce de théâtre. La parole ; tantôt présente sous formes de bribes d'échanges entre certains personnages, tantôt sous-jacente: dans les regards, les pensées et les gestes; est ici plus idéologique que langagière.

Tout est symbole de ce qu'a engendré l'indépendance de l'Algérie.  Un discours politique qui s'incruste prenant la forme d'une trame littéraire.  
On pourrait parler de Tragédie aussi avec tout ce qu'elle entraîne comme violence: les agressions, la mort.

Je reviendrai ajouter d'autres informations sur les deux personnages qui ont suscité ma curiosité et je suis restée sur ma faim parce que la partie la plus importante de leur vécu est dans l'autre livre Dieu en Barbarie.

Je finirai par faire une analyse complète de ses oeuvres. Encore quelques-uns à lire et l'article sera plus explicite pour moi et donc pour vous.




Mohammed Dib est né à Tlemcen, dans l'ouest algérien. Ville natale à laquelle il rendit hommage dans sa célèbre trilogie : La Grande Maison (1952), L'Incendie (1954) et Le Métier à tisser (1957). Instituteur un temps, puis comptable, traducteur, journaliste à "Alger Républicain" et pour le compte de l'organe du Parti communiste "Liberté", il est finalement expulsé d'Algérie en 1959. Il s'installe en France et commence sa carrière littéraire. Il est le premier écrivain maghrébin à recevoir, en 1994, le Grand Prix de la Francophonie. Et celui dont Aragon disait : "Cet homme d'un pays qui n'a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy". Il est mort chez lui, à La Celle-Saint-Cloud, le 2 mai 2003, à l'âge de 83 ans, laissant derrière lui quelques-unes des plus belles pages de la littérature algérienne.                                                                                
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