lundi 16 septembre 2019

[Chronique #136] Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran - Eric-Emmanuel Schmitt


Editions Le livre de poche 

Genre: Roman 

Nombre de pages :  75

Prix : 650 DA

Thèmes traités: Islam , Judaisme, enfance, tolérance, amitié, soufisme










Paris, années 1960
Pour échapper à une famille sans amour, Momo, un garçon juif de quatorze ans, devient l'ami du vieil épicier arabe de la rue Bleue.
Mais les apparences sont trompeuses: Monsieur Ibrahim n'est pas arabe, la rue Bleue n'est pas bleue et la vie ordinaire peut-être pas si ordinaire...





Ce petit roman que je qualifierai de conte est une belle symphonie de la tolérance, de l'amitié et aussi de l'altruisme.
Tout se construit autour d'une relation qui naîtra entre le petit Momo et le veux Ibrahim.
Perdu, cet enfant qui ne connaît ni l'amour ni l'affection de son père va retrouver en Monsieur Ibrahim le père, l'ami et le guide spirituel.
La générosité du vieux et le besoin du petit vont créer une sorte d'équilibre dans leurs échanges affectives.
Cette relation bannira les différences : culturelles et religieuses. Il n y a pas d'appartenance spécifique quand il s'agit de relations humaines.
Une lecture fort agréable. J'aurai aimé que l histoire soit plus développée, plus longue. Je suis frustrée.
Je voulais m"immerger dans l'apprentissage de Momo. Connaître plus de détails sur ce qui allait se passer dans sa vie. M'incruster dans ses retrouvailles avec sa mère.
Malheureusement Schmitt a écourté l'aventure des protagonistes et du lecteur. Peut-être qu'il voulait juste nous introduire dans un monde rêvé de tous ,nous laisser choir et nous observer mener nos propres combats.
75 pages de sagesse et de petits bonheurs. Le soufisme est évoqué avec délicatesse comme une délivrance.
Les fleurs du Coran de Monsieur Brahim sont tout ce qu'il a pu cueillir pour l'offrir à ceux qui ont en besoin.
C'est court mais dense. Léger dans sa forme mais profond dans son contenu.
Schmitt a effleuré les esprits de ses lecteurs pour leur chuchoter la sagesse tout simplement.




"Ça ne fait rien, disait Monsieur Ibrahim. Ton amour pour elle, il est à toi. Il t’appartient. Même si elle le refuse, elle ne peut rien y changer. Elle n’en profite pas, c’est tout. Ce que tu donnes, Momo, c’est à toi pour toujours; ce que tu gardes, c’est perdu à jamais!"

"Les autoroutes, ça dit: passez, y a rien à voir. C'est pour les imbéciles qui veulent aller le plus vite d'un point à un autre. Nous, on fait pas de la géométrie, on voyage. Trouve-moi de jolis petits chemins qui montrent bien tout ce qu'il y a à voir."

"Enfin, le soufisme n'était pas une maladie, ce qui m'a déjà rassuré un peu, c'était une façon de penser - même s'il y a des façons de penser qui sont aussi des maladies, disait souvent monsieur Ibrahim."





Dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur, Eric-Emmanuel Schmitt, dont l’œuvre est traduite dans une quarantaine de langues et jouée dans davantage de pays encore, est l’un des auteurs francophones contemporains les plus lus au monde. Écrivain philosophe à l’écriture fluide et directe, il met sa plume au service de thèmes intemporels comme la foi ou la quête du bonheur, et sait mieux que personne donner présence aux figures mythiques les plus polaires. 


vendredi 13 septembre 2019

[Chronique #135] Kiffe Kiffe demain - Kaouther Adimi




Editions Le livre de poche (2004)

GenreRoman contemporain  / une autobiographie 

Nombre de pages :  189

Prix : 600 DA

Thèmes traités: Adolescence, différence, racisme, immigration







Doria a quinze ans, un sens aigu de la vanne, une connaissance encyclopédique de la télé, et des rêves qui la réveillent. Elle vit seule avec sa mère dans une cité de Livry-Gargan, depuis que son père est parti un matin pour trouver au Maroc une femme plus jeune et plus féconde. Ça, chez Doria, ça s'appelle le mektoub, le destin : " Ça veut dire que, quoi que tu fasses, tu te feras couiller. " Alors autant ne pas trop penser à l'avenir et profiter du présent avec ceux qui l'aiment ou font semblant. Sa mère d'abord, femme de ménage dans un Formule 1 de Bagnolet et soleil dans sa vie. Son pote Hamoudi, un grand de la cité, qui l'a connue alors qu'elle était " haute comme une barrette de shit ". Mme Burlaud, sa psychologue, qui met des porte-jarretelles et sent le Parapoux. Les assistantes sociales de la mairie qui défilent chez elle, toujours parfaitement manucurées. Nabil le nul, qui lui donne des cours particuliers et en profite pour lui voler son premier baiser. Ou encore Aziz, l'épicier du Sidi Mohamed Market avec qui Doria essaie en vain de caser sa mère. Kife kife demain est d'abord une voix, celle d'une enfant des quartiers. Un roman plein de sève, d'humour et de vie.


Nous ouvrons le journal intime de Doria, une adolescente banlieusarde (prenons le sens péjoratif du mot)
Doria vit avec sa mère. Toutes deux abandonnées par un homme parti chercher une descendance mâle dans son pays natal.
Le roman se compose de chapitres courts dont la thématique est une idée à développer ou un personnage à connaître. Le tout avec une pointe d'humour et un vocabulaire qui passe du registre soutenu au familier quand il s'agit de faire parler l'entourage de Doria.
Malgré la légèreté que peuvent dégager le titre et le sujet peu original, il y a un travail de fond que je tiens à mettre en avant: les échanges entre les personnages traitent des sujets importants des gens des cités : racisme, solidarité, rivalité, extrémisme religieux, le besoin d'évoluer, de changer et le souhait de s'en sortir.
Avec l'insouciance de ses 15 ans et sa pseudo naïveté , le personnage de Doria traduit avec ses mots les pensées des jeunes d'origine maghrébine (ou autre) qui ,depuis des décennies ,si ce n'est pas plus, condamnent et stigmatisent les mentalités ségrégationnistes.
Faiza Guène , elle, dénonce en écrivant ce qui fait mal de l'intérieur : famille et de l'extérieur : La France.




"Quand j'étais petite, je coupais les cheveux des Barbie, parce qu'elles étaient blondes, et je leur coupais aussi les seins, parce que j'en avais pas. "

"L'avenir ça nous inquiète mais ça devrait pas, parce que si ça se trouve, on en a même pas."

"La chance de notre génération, c'est qu'on peut choisir qui on va aimer toute sa vie. Ou toute l'année. Ca dépend des couples"

"Il doit faire partie de ces gens qui croient que l'illettrisme, c'est comme le sida. Ça existe qu'en Afrique."


[Chronique #134] Des ballerines de Papicha - Kaouther Adimi



Editions Barzakh (2010)

GenreRoman contemporain 

Nombre de pages :  151

Prix : 400 DA

Thèmes traités: société algérienne, femme, jeunesse, drame








Une famille, quelque part dans un quartier populaire d’Alger. L’auteur en offre une "coupe transversale" en donnant parole à tour de rôle à chacun de ses membres, croisant ainsi les regards, les vécus individuels, les perceptions réfractées d’un quotidien fait de promiscuité, de désœuvrement, de mal-vie...
s’en dégagent la solitude tragique des êtres et leur peine à vivre, dans la révolte et le désespoir, parfaitement rendus par la structure même de l’oeuvre.

Un premier roman sensible et percutant.


Ceci est une republication de mon avis. Je ne sais pas ce qui s'est passé sur blogspot mais j'ai perdu cinq avis. Cela m'a permis de mettre une nouvelle photo et de me relire. J'avais chroniqué ce livre en 2016. Vous trouverez la trace sur Babelio


J'ai acheté ce livre pour quatre raisons : son titre, son résumé, sa couverture et son auteure . Je l'ai découvert par hasard quand je faisais une petite recherche sur les plumes féminines algériennes.

*J'ai aimé ce titre !
D'habitude je n'achète pas un livre parce que son titre me plaît mais le mot "papicha" m'a interpellée.
Papicha dans le langage algérien signifie une fille coquette qui aime se faire belle, s'habiller, qui fait sa mignonne.

*J'ai été intriguée par le résumé: voyant le titre, je voulais découvrir le contenu. Je voulais absolument faire le rapport entre le titre et ce qui était dit dans le quatrième de couverture mais je n'y suis pas parvenue. Quand je suis dans cet état, je dévore le livre en peu de temps rien que pour trouver le lien.

*J'ai été séduite par la couverture: Je peux dire qu'elle est superbe! Une main, des ongles vernis et... une cigarette. J'ai crié: Ouaiii ça promet! J'aime l'audace. Je vous rappelle juste que dans mon pays, une femme qui fume est mal vue.
De quoi va parler l'auteure? Une révolte? Un ras le bol? Un florilège de questions dans ma tête.

*J'ai eu un coup de foudre pour l'auteure : un titre et une couverture et je suis accro à Adimi sans la lire. Je me suis dit : Je prends tout ce que tu écriras, je m'en fous; j'ai eu un coup de foudre littéraire.

Je me rappelle que le jour où j'ai acheté le roman je devais déjeuner avec ma frangine. Résultat : un repas de muets hahahah Je lisais en dévorant ma salade. Je lui disais : Yoooo le livre déchire. Je lui lisais les passages tantôt en riant, tantôt en soupirant de tristesse. [Zahrat El Riadh si tu passes par là confirmes STP]

Je vais arrêter de parler pour me concentrer sur le roman. Alors voilà : le livre se subdivise en plusieurs chapitres. Chaque chapitre a pour titre le nom d'un des personnages. Neuf en tout : Adel , Kamel, Sarah, Yasmine, Mouna, Tarek, Hadj Youssef, Hamza. Et un épilogue qui m'a laissée sur ma faim.

Dès les premières lignes j'ai été plongée dans le sombre et l'obscure. J'étouffais.

Au fil des chapitres, je partageais le quotidien des personnages, dans le bus, à la fac, à la maison. de loin ou de près, j'ai dû côtoyer pas mal de personnes qui sont représentées par des noms dans ce roman. Je me sentais dans mon élément. Il s'agit vraiment d'une famille typiquement algérienne. j'ai reconnu un Tarek , une Yasmine et une mère.... Cette mère m'a énervée et fait de la peine à la fois. Elle voulait comme toutes les mères du monde, voir ses enfants réussir leurs études, leur vie privée,... Déçue, aigrie, elle devient distante et j'ose dire très méchante.

Adel avec ses non-dits, Yasmine et ses projets, Hadj Youssef le vicieux, Sonia la dépressive, Mouna la petite rêveuse... Tout un monde qui reflète notre société "malade".
L'auteure a eu cette bonne idée de mettre une famille entière dans le collimateur d'une société qui se base sur les préjugés et qui montre du doigt toute personne qui n'adhère pas aux sois-disant conventions.

Au bout des 155 pages, je me suis réveillée! J'ai eu envie de crier. le livre se termine pas un suicide. le suicide d'un homme. Mais qui? Adel? Hamza? J'ai repris le livre , je l'ai relu. J'en ai voulu à l'auteure. Je voulais savoir.

Quelque part, au fond de moi, je pensais à Adel. Après ce qu'il avait subi, il a dû en avoir assez des jeunes de son quartier et de leur moquerie. Puis j'ai pensé à Hamza, le fou (ou pas) dont la mort va sûrement libérer certains. J'ai fini par me dire qu'il valait mieux ne pas le découvrir.

Pour son premier roman, Kaouther Adimi a surpassé mes attentes. Une écriture captivante et fluide. le style fort et imposant contraste avec la douceur de son visage angélique. Une plume mûre et consciente.

155 pages après :je fais un standing ovation à la force de sa plume.
On pourrait sous-estimer le roman, on pensera que c'est du léger. Croyez-moi, ce petit livre a tout d'un grand... et d'une noirceur!!!!! ....je trouve pas le mot.

J'ai reposé les pieds sur terre. Ce livre est mon nouveau billet pour le terre à terre. Une claque pour moi qui rêvasse loin de la réalité sociale.
A LIRE

Mon coup de coeur:
*Yasmine : j'aime beaucoup sa façon d'"envoyer promener" le monde. Elle reflète une autre image d'elle mais au fond c'est une fille très mûre et intelligente.






"Faire l'autruche n'est pas de tout repos, mais ça nous permet de continuer à vivre sous le même toit sans détourner sans cesse les yeux."

"Les papiches crient : papicha, papicha!
Et moi je cours, les cheveux dans le vent,Le sourire aux lèvres, les ballerines par devant"

"Je préfère écouter les pierres se plaindre des pas qui leur manquent."

       "Lorsqu'ils ne parlent pas de quitter le pays, ils parlent de mourir pour lui."







Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est titulaire d'une licence de langue et littérature françaises obtenu en Algérie, elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines à Paris.

Bibliographie
Interview



[Chronique #133] Mange Prie Aime - Elisabeth Gilbert




Editions
 Le livre de poche (2008)

Traduit de l'anglais par Christine Barbaste

GenreRoman contemporain / autobiographie

Nombre de pages :  507

Thèmes traités: quête de soi, voyages, changement de vie, déception, espoir 






A trente et un ans, Elizabeth Gilbert possède tout ce dont une Américaine ambitieuse peut rêver : un mari dévoué, une belle maison, une carrière prometteuse. Elle devrait nager dans le bonheur, pourtant elle est rongée par l'angoisse, le doute, l'insatisfaction...
S'ensuivent un divorce, une dépression et une liaison désastreuse qui la laissent exsangue et encore plus désemparée. Elle décide de tout plaquer pour partir seule à travers le monde. À elle de se construire la vie qu'elle s'est choisie !




Ceci est une republication de mon avis. Je ne sais pas ce qui s'est passé sur blogspot mais j'ai perdu cinq avis. Cela m'a permis de mettre une nouvelle photo et de me relire. J'avais chroniqué ce livre en 2016. Vous trouverez la trace sur Babelio



Il y a des livres qui nous tombent entre les mains quand on a vraiment envie de penser qu'il y a pire que ce qui nous arrive. Ce livre m'a été offert par ma maman. Nous avons été attirées par la couverture mais aussi par le titre.

"Changer de vie, on en a tous rêvé .... Elle a osé " C'est cette phrase écrite au milieu de la couverture qui m'a le plus convaincue d'accepter qu'elle m'achète ce livre.

Avant de le lire, j'ai jeté un coup d'oeil sur quelques critiques... beaucoup disent que c'est plein de détails, que c'est long et ennuyeux. Heureusement que je ne me fie jamais aux critiques, j'aime me faire ma propre opinion.

Bref ... le livre s'ouvre sur une introduction que j'ai lue à la fin du roman. C'est drôle mais je ne lis jamais les introductions des auteurs ni les préfaces pour qu'on n'influence pas ma lecture.
Vient ensuite la forme : l'auteure a divisé son livre en trois parties. Comme c'est indiqué dans le résumé, elle visitera trois pays et donc elle a consacré une partie pour chaque pays. Un bon point pour elle, j'aime cette façon de procéder surtout quand il s'agit d'une sorte de récit de vie. On se situe rapidement.

Et on plonge dans l'histoire avec un JE qui nous implique directement. Nous voilà d'abord en Italie, c'est ma partie préférée parce qu on va parler que de miammm ,de nourriture, une belle description de ce beau pays et ses provinces, des italiens, de la pizza, ... je me sentais bien proche du personnage Liz . J'apprenais plus sur elle, son ex, son boulot, ... La fille est très drôle. Je suis sûre que certaines se reconnaîtront en elle. Je l'imaginais parler à ses "angoisses" ses "peurs" sa "dépression" qu'elle a personnifiées. Un autre bon point pour l'histoire. Je décide de lire la suite avec le sourire et beaucoup de questions.
J'ai quitté l'Italie , difficilement, pour poser mes pieds sur les terres de l'Inde et là , le spirituel est au summum. C'est ici qu'Elizabeth a le plus d'efforts à fournir. Quand on est angoissée et dépressive, discipliner son esprit n'est pas une affaire facile, ni pour elle, ni pour la communauté dans laquelle elle va passer son séjour. Beaucoup de réflexions font surface , beaucoup de questions sont posées. Des sujets auxquels nous avons tous pensé un jour.

Quittons l'Inde pour l'Indonésie et là , la partie a été un peu compliquée : la quête du bonheur et de l'amour est dure, on doute, on y croit pas par moment mais on finit par voir les choses autrement en faisant appel à tout ce qu 'on a appris lors des précédents voyages.

Cette autobiographie qui semble longue (plus de 500 pages mais nous avons tous lu plus que cela je pense hein?) est écrite avec un style agréable et beaucoup d'humour. le fait que l'auteur est aussi journaliste, on peut dire qu'elle a bien vendu son article : son histoire touche beaucoup de femmes qui à un moment donné, perdues, ont cette envie de tout laisser tomber et partir à la recherche de SOI.

Ce double voyage physique et intérieur est une invitation a prendre le temps, à s'arrêter, à se chercher, se trouver et se retrouver afin de redémarrer sa vie sur de bonnes bases.
Je vous le recommande même si vous n'accrochez pas la première fois, reprenez-le une autre fois. Les réflexions qui s'y trouvent valent le coup d'être lues.


Un roman qui m'a offert trois billets gratuits pour trois destinations de rêve.
Une belle plume qui m'a fait beaucoup rire à certains passages.




"Il faut avoir le cœur brisé, de temps en temps. C'est bon signe. Signe qu'on a essayé."

"Il vaut mieux vivre imparfaitement sa propre destinée que vivre en imitant la vie de quelqu'un d'autre à la perfection."


"N'oublie jamais qu'un jour, dans un instant d'inattention, tu as reconnu en toi une amie."

"... Je souffre de posséder ce que les boudhistes appellent "l'esprit du singe" - des pensées qui se balancent d'une branche à l'autre, et ne s'interrompent que pour se gratter, cracher et éructer."







Elizabeth Gilbert est une romancière, essayiste et biographe américaine
À 32 ans, malheureuse dans son mariage et ne trouvant pas de sens à sa vie effrénée de New-Yorkaise, l’auteure et journaliste Elizabeth Gilbert décide de tout laisser derrière elle et de partir en voyage autour du monde pendant un an.


Bibliographie

[Chronique #132] Nos richesses - Kaouther Adimi



Editions Barzakh 

Genre: Roman contemporain

Nombre de pages :  216

Thèmes traités: Colonialisme. Librairie. Résistance. Edmond Charlot. Alger. Amour des livres. 








Un soir, Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, arrive à Alger; il se rend au 2 bis de la rue Hamani, ex-Charras, avec les clés des Vraies richesses, minuscule librairie délabrée : sa mission est de faire place nette. Il s'y attelle sans état d'âme, lui que les livres indiffèrent, mais c'est compter sans le vieux Abdallah, gardien du temple, qui va progressivement l'initier à la magie du lieu.
Car Ryad ignore tout du passé de l'endroit -  poumon de la vie culturelle dans l'Alger colonial des années 30-40 -, animé par Edmond Charlot, libraire et éditeur passionné, proche de Jean Sénac et de Jean El Mouhoum Amrouche et qui, entre autres, révélera le jeune Albert Camus.
Ce roman, où alternent le journal (fictif) d'Edmond Charlot et le quotidien d'une rue algéroise en 2017, explore intelligemment l'épineuse question de la transmission d'un héritage. Il y a d'ailleurs ce "nous" qui court tout le long du texte, telle la voix d'une conscience, celle d'une mémoire collective nous engageant, nous lecteurs, à transformer cette fiction en fragment de notre histoire...




A l'heure où j'écris mon avis, j'écoute la chanson "Alger Alger" de Lili Boniche

J'ai lu Papicha de Kaouther Adimi, il y a un an. Contrairement à certains je ne l'ai pas trouvé épatant. Je m'attendais à autre chose d'après ses multiples passages sur les plateaux télé.

C'est avec une réticence franche que j'ai décidé de lire son roman "Nos richesses" parce que je me dis qu'un écrivain mérite toujours une deuxième voire une troisième chance et le juger en me basant sur un seul ouvrage n'est pas digne d'une personne qui se veut lectrice sans préjugés.

Le livre s'ouvre sur une invitation à circuler dans Alger la sinueuse : pour "tomber" sur la bonne adresse, il fallait déambuler dans les ruelles de la capitale et aimer se perdre dedans. Le passage est très authentique. L'écrivaine le décrit fidèlement au point où je l'ai relu à mon papa pour lui suggérer de le faire prochainement. Maintenant que j'ai terminé le livre, je veux vraiment aller très prochainement sur les lieux.

Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d'histoires, à quelques pas d'un pont que se partagent suicidés et amoureux.



Sur la photo ci-dessus,  j'ai  voulu schématiser le travail de l'écrivaine : Une librairie qui existe réellement. Un personnage qui a marqué son temps mais n'est pas connu de tous. Un journal intime imaginé par l'auteure pour étoffer son travail.

"Nos richesses" a tout d'un chef-d'oeuvre parce qu'Adimi rend un double hommage : à la littérature et à Edmond Charlot en passant du fictif au réel avec aisance. J'ai cessé de croire que le journal intime est une invention quand je me suis retrouvée à un moment donné en harmonie avec les péripéties des deux personnages qui évoluent dans deux époques différentes.

Tu sais comment nous sommes, nous ne nous rendons compte de nos richesses qu'une fois que nous les perdons ! Le nouveau propriétaire compte transformer le local en restaurant. Il va y vendre des beignets. 

Ce livre tangue entre le passé et le présent. Dans les années trente, nous rencontrons Mr Charlot, cet amoureux , comme nous, des livres, des mots, de littératures et du monde de l'édition.On parle de Camus, de Gide , de Saint-Exupéry que Charlot a côtoyé.



Le présent est plutôt décevant quand on croise ce jeune Ryad venu de Paris pour s'occuper de la libraire-esprit de Charlot : il ne s'intéresse pas aux livres. Sa mission consiste à repeindre les lieux. La présence de Monsieur Abdallah et ses répliques nous consolent et nous vengent (nous font rire aussi)

… Tu aimes lire ?
– Non… Tu sais, les livres et moi…– Les livres et toi, quoi ?– On ne s’aime pas beaucoup.– Les livres aiment tout le monde, petit crétin

Années 30, en Algérie, sur le plan historique est la période des petites révoltes qui naissent , de cette envie de se soulever contre le colonisateur. Kaouther Adimi évoque cette période avec finesse parce que ,je pense, que son but premier est de composer une belle symphonie pour chanter les louanges de la littérature.

Je n'ai jamais dissocié la librairie et les éditions. Jamais. Pour moi, c'est la même chose. Je n'arrive pas à croire qu'on puisse être éditeur si on n'a pas été ou si on n'est pas libraire à la fois.

J'ai parlé des grandes lignes du livre et je vous invite à le lire pour revivre les moments très émouvants d'un amoureux des Lettres et aussi pour apprécier une écriture riche et enrichissante; bien maîtrisée. Je suis surprise et très satisfaite de ma lecture. 

Kaouther Adimi se lance un véritable challenge: elle doit vraiment se surpasser dans ses prochains romans.

"Nos richesses" lève la barre haut!

Un jour viendra où les pierres elles-mêmes crieront pour la plus grande injustice qui est faite aux hommes de ce pays...

J'ai lu ce livre dans le cadre du Bookspirit Summer Challenge organisé par Bookspirit et aussi pour mon défi DZ Book Challenge Edition 2019









Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est titulaire d'une licence de langue et littérature françaises obtenu en Algérie, elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines à Paris.

Bibliographie 
Interview















C'est la Blogo-rentrée


Hello amis blogueurs(euses) 

Nous avons pris une petite pause pour gérer un autre projet en parallèle. Ce nouveau bébé verra le jour en 2020 inchaallah. Restez branchés.

C'est avec un immense plaisir que nous ouvrons les portes du blog pour l'alimenter davantage. Beaucoup mais beaucoup d'avis et d'articles sont programmés. Il y aura pratiquement  un avis publié par jour.

Notre blog a enfin sa correctrice que je remercie pour sa disponibilité et son volontariat. Merci #Amy de nous consacrer du temps juste pour la "bonne cause". 

Une autre chroniqueuse se joint à nous et je peux vous dire qu'avec elle , la philosophie sera "cool" et à notre portée à tous. Bienvenue #Dee (elle a choisi son surnom pour signer ses articles) 

Je suis toujours présente pour  superviser, orienter, programmer, gérer le blog et surtout à votre écoute si vous avez des propositions. 


Que c'est bon de vous retrouver

A très bientôt !